Le 3 octobre, la Nati retrouve Lucerne pour son premier match à domicile depuis le Mondial, avec la Slovénie en face et des places debout de retour dans les gradins. Trois jours plus tard, la Macédoine du Nord se présente à son tour dans la même enceinte. Beaucoup de supporters ouvriront à cette occasion l’application d’un opérateur de paris pour miser quelques francs sur le résultat. Ils y trouveront les deux rencontres sans difficulté. Une partie du calendrier qu’ils suivent par ailleurs n’y figure pas, et cette absence ne relève pas d’un oubli technique.
Deux exploitants et une liste
Depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les jeux d’argent en 2019, deux exploitants seulement commercialisent des paris sportifs en Suisse. La Loterie Romande s’en occupe en Suisse romande avec Jouez Sport, Swisslos couvre la Suisse alémanique et le Tessin avec Sporttip. L’autorité intercantonale Gespa surveille les deux.
Ce duopole explique le nombre d’applications disponibles, pas leur contenu. Aucun des deux exploitants ne compose librement son catalogue, puisque l’article 29 de l’ordonnance sur les jeux d’argent leur interdit de proposer des paris sur des événements présentant un risque élevé de manipulation. Une liste tenue par l’autorité fixe ce qui peut être mis au tableau. Un événement absent de cette liste reste fermé aux paris, même lorsqu’il remplit un stade. L’exploitant garde ensuite la faculté de renoncer à une rencontre pourtant listée, au cas par cas. Reste à savoir ce que ce cadre laisse dehors.
Ce qui reste hors du cadre
Les événements exclus ne disparaissent pas de l’intérêt du public pour autant. La Confédération dispose d’un levier face aux offres qui échappent à son cadre. La Commission fédérale des maisons de jeu tient une liste des offres de jeux en ligne non autorisées, dont les fournisseurs de services de télécommunication bloquent l’accès. La mesure vise les opérateurs et non les parieurs, qui n’encourent aucune sanction personnelle. Elle porte sur des adresses, renouvelées par les exploitants au fil des mises à jour. La demande, elle, ne disparaît pas.
Une partie de cette demande se déplace alors hors du périmètre suisse. Les divisions inférieures, les tournois de jeunes et les rencontres écartées de la liste restent proposés comme marchés par des opérateurs établis à Malte ou à Curaçao. Sur ces plateformes, la séparation entre paris sportifs et jeux de casino n’a plus cours. Un même compte sert à miser sur une rencontre et à jouer sur un casino en ligne étranger, dans une devise qui est rarement le franc.
Surveillance des marchés pendant le Mondial
Cette dispersion des marchés complique la surveillance, qui repose justement sur la lecture des flux de mises. Le principe se voit mieux à l’échelle d’un grand tournoi. Lors de la Coupe du monde 2026, la task force intégrité de la FIFA a suivi les marchés de paris et le jeu sur le terrain en temps réel sur les 104 matchs de la compétition. L’UEFA y siégeait aux côtés d’INTERPOL et de plusieurs organisations spécialisées dans le suivi des paris.
En Suisse, ce rôle de plaque tournante revient à la Gespa, que la loi désigne comme plate-forme nationale. Les exploitants de paris et les organisations sportives établies dans le pays doivent lui signaler sans délai tout soupçon de manipulation, dès lors que la compétition se tient en Suisse ou qu’elle fait l’objet de paris sur le territoire. Un tel dispositif suppose des marchés déclarés et un catalogue lisible. L’offre réglementée remplit cette condition, le reste beaucoup moins.
Ce qui reste possible en octobre
Pour un supporter qui veut miser en restant dans le cadre suisse, la vérification tient en peu de gestes. La liste publiée par l’autorité indique les compétitions sur lesquelles des paris peuvent être proposés, et c’est elle qui tranche, pas la page d’accueil d’une application. Les deux rendez-vous de Lucerne relèvent de la Ligue des nations, une compétition de l’UEFA disputée par la sélection A. Le compte s’ouvre ensuite auprès de l’exploitant compétent selon la région, avec un âge minimal de 18 ans et des mises libellées en francs. Les limites de dépôt et l’auto-exclusion appartiennent au même dispositif légal, ce qui sépare l’offre nationale du segment décrit plus haut. Pour le reste, les rendez-vous de la Nati se suivent dans l’actualité des sélections.
Le cadre suisse des paris sportifs ne se lit donc pas dans le catalogue d’un opérateur, mais dans une liste tenue par l’autorité et dans les règles qui l’encadrent. Cette logique explique les absences que remarquent les supporters, et elle explique aussi pourquoi une partie des marchés vit ailleurs. Le 3 octobre à Lucerne, cette mécanique restera invisible depuis les gradins.




