105 kilomètres de boucle entre vignes, vieilles pierres et savoir-faire tenaces : l’étape Romans-Valence du Grand Tour d’Auvergne-Rhône-Alpes traverse la Drôme du nord par ses chemins de traverse. On y mange des ravioles, on y croise des artisans chausseurs, et on finit sur les terrasses de Valence face au Rhône, à l’heure où le musée de la ville accueille Hubert Robert et Fragonard.
Romans-sur-Isère, la ville aux gestes précis
La collégiale, le marché et les ruelles du centre ancien
On entre dans Romans par le bruit : celui du marché du dimanche matin, installé au pied de la collégiale Saint-Barnard sur la place Maurice Faure. Fromages de chèvre de la Drôme, caillettes enveloppées dans leur crépine, pognes tièdes parfumées à la fleur d’oranger… Le dimanche, la ville se mange avant de se visiter. Derrière les étals, les ruelles pavées grimpent doucement vers la Tour Jacquemart, horloge médiévale qui rythme le quartier depuis le XIVe siècle. Les façades racontent les strates : pierre blanche du Vercors, volets peints, passages couverts qui débouchent sur des cours silencieuses. Romans a le charme des villes qui n’ont pas cherché à le devenir.

Du cuir à la raviole : deux savoir-faire, une même obstination
Dans l’ancien couvent de la Visitation, le Musée de la Chaussure déroule 4 000 ans d’histoire, de la sandale égyptienne aux créations contemporaines de maisons encore installées ici. La Cité de la Chaussure, à deux pas, prolonge la visite côté vivant : on pousse la porte des ateliers, on regarde un artisan piquer une tige, on comprend pourquoi Romans reste la capitale française du soulier fait main. L’autre geste local tient dans quelques centimètres carrés de pâte : la raviole du Dauphiné, farcie au comté, au fromage frais et au persil, que la Cité de la Raviole enseigne à rouler soi-même. Entre le cuir et le fromage, Romans cultive le même goût du travail lent, celui qui ne se voit qu’au résultat.
La route, entre Drôme des Collines et coteaux du Rhône
Le Palais idéal du Facteur Cheval, Hauterives

À 45 minutes de Romans par la D538, le village d’Hauterives garde l’œuvre la plus improbable du tracé. Ferdinand Cheval, facteur rural, a ramassé des pierres pendant 33 ans de tournées quotidiennes pour bâtir seul, dans son potager, un palais peuplé de géants, de cascades et d’animaux sculptés. Classé monument historique par Malraux en 1969, élu deuxième monument préféré des Français, le Palais idéal se lit de loin d’abord – sa silhouette foisonnante, ses volumes qui échappent à toute catégorie – puis de près, le nez dans la pierre, à déchiffrer les inscriptions que Cheval y a gravées. On y passe facilement une heure et demie. L’été, le festival Jazz au Palais installe une scène dans les jardins, devant la façade des trois géants éclairée à la tombée du jour (concerts prévus du 23 juin au 3 juillet 2026).
Palais idéal du Facteur Cheval
8, rue du Palais, 26390 Hauterives
facteurcheval.com
Tain-l’Hermitage : la syrah en terrasses

On rejoint la vallée du Rhône par des routes étroites qui serpentent entre noyers et vergers d’abricotiers. À Tain-l’Hermitage, la colline de l’Hermitage domine le fleuve. 136 hectares de vignes en terrasses, maintenus par des murettes en pierres sèches patiemment remontées sur vingt ans. Le sentier « Sur les Pas de Gambert », 4 kilomètres à travers les parcelles, offre une lecture géologique du terroir : granit, gneiss, loess, chaque sol imprime sa marque à la syrah. En bas, la Cave de Tain propose visites guidées et dégustations de cinq crus (Hermitage, Crozes-Hermitage, Saint-Joseph, Cornas, Saint-Péray). La boutique fait face au coteau, on goûte les yeux levés vers les vignes.
Cave de Tain
22, route de Larnage, 26600 Tain-l’Hermitage
cavedetain.com
En chemin
Entre les deux villes, le tracé du Grand Tour ménage quelques arrêts que l’app signale par notification quand on s’en approche. Alixan et sa structure circulaire médiévale intacte, visible depuis la route. Chabeuil, cité fortifiée aux portes du Vercors, connue pour sa caillette (boulette de viande et d’herbes servie tiède ou froide, selon l’humeur). Châteauneuf-sur-Isère et ses habitations troglodytiques creusées dans la molasse. On ne s’arrête pas partout, mais chaque détour ajoute dix minutes et un paysage.
Valence, la terrasse du Rhône
Le Musée de Valence et Hubert Robert face à Fragonard

On gare la voiture et on marche. Valence se découvre à pied, en commençant par le haut : le Musée de Valence, installé depuis 1911 dans l’ancien palais épiscopal, jouxte la cathédrale Saint-Apollinaire et ouvre sur un belvédère qui embrasse le Rhône, le Vercors et les crêtes ardéchoises. Jusqu’au 21 juin 2026, l’exposition « Hubert Robert & Fragonard. Le Sentiment de la nature » réunit près de 80 peintures, dessins et gravures, avec des prêts du Louvre, du Metropolitan Museum de New York et de la National Gallery de Washington. Le musée conserve l’une des plus importantes collections au monde consacrées à Hubert Robert ; certaines pièces exposées n’avaient pas été montrées en France depuis plusieurs décennies. Pour une ville de 65 000 habitants, l’événement a une envergure nationale.
Musée de Valence – Art et Archéologie
4, place des Ormeaux, 26000 Valence
museedevalence.fr
Du Parc Jouvet à la Maison des Têtes

En redescendant vers le centre, on traverse le Parc Jouvet – 7 hectares en surplomb du Rhône, séquoias centenaires et pelouses en pente douce – avant de rejoindre le Kiosque Peynet sur le Champ de Mars, là où Raymond Peynet dessina ses amoureux en 1942. Les rues piétonnes du vieux Valence déroulent ensuite leurs façades Renaissance : la Maison des Têtes (1530, sculptures allégoriques des quatre vents sur la façade), le Pendentif funéraire du XVIe siècle, la cathédrale Saint-Apollinaire reconstruite à l’identique après les guerres de Religion. Le samedi matin, la place des Clercs accueille plus de 150 stands (fruits de la Drôme, truffe en saison, ravioles fraîches…). Entre deux visites, on longe les canaux qui sillonnent le centre, vestiges d’un réseau hydraulique ancien, aujourd’hui bordés de façades restaurées et de terrasses ombragées. Le Centre du Patrimoine Arménien, à quelques rues, raconte l’histoire de la communauté arménienne de Valence, l’une des plus importantes de France, installée ici depuis les années 1920.
Où manger
La Cachette, Valence : la table étoilée du chef Masashi Ijichi
Masashi Ijichi tient La Cachette depuis 2005, étoilée au Michelin depuis 2009. Le chef travaille les produits de la Drôme et de l’Ardèche depuis la cuisine ouverte sur la salle. On voit la brigade travailler, et c’est le principe : rien à cacher. Carte courte, produits du marché, desserts peu sucrés signés Sachie Ijichi, et 600 références de vins avec une prédilection pour les crus septentrionaux. Velouté de topinambour au foie gras et anguille fumée, carpaccio de Saint-Jacques… Chaque assiette tient sur peu d’éléments. Le Bac à Traille, version bistronomique de la maison, propose la même exigence à prix plus doux.

Café des Lys, Romans : bistronomique et saison
Place Maurice Faure, face à la collégiale, le Café des Lys a posé ses tables dans un ancien local aux murs de pierre et hauts plafonds. Le chef Romain Authié, 26 ans, compose une carte courte qui bouge chaque semaine : teriyaki de saumon au riz cuit au thé noir, finger vanille aux noix du Dauphiné. Addition autour de 25 €, c’est déjà le rendez-vous du déjeuner à Romans.

Maison Chabran, Pont-de-l’Isère : trois générations à table
Sur la route entre Romans et Valence, la famille Chabran cuisine depuis trois générations dans cette maison de la vallée du Rhône. La Grande Table pour un repas d’exception, le bistrot pour une halte plus simple. L’hôtel vient de s’agrandir : 14 nouvelles chambres et une piscine, pour ceux qui veulent couper l’étape en deux, et profiter d’un week-end romantique.

Où dormir
Hôtel de France, Valence : charme citadin face au Parc Jouvet

En plein centre, cet hôtel dans la nature se trouve à quelques minutes du Kiosque Peynet. Chambres soignées, décoration contemporaine, petit-déjeuner servi jusqu’à midi. Prêt de vélos électriques pour filer vers Tain-l’Hermitage par les berges du Rhône.
BedinShop, Romans : dormir dans une ancienne boutique
Le concept : d’anciennes vitrines commerciales du centre-ville reconverties en studios. Mobilier fabriqué à la main par des artisans locaux à partir de bois de palettes recyclé, esprit économie sociale et solidaire. Chaque logement a sa propre identité. On dort dans une ancienne enseigne, entre la collégiale et les berges de l’Isère.
Pratique
Valence TGV est à 2h05 de Paris-Gare de Lyon ; Romans-sur-Isère à 20 minutes en TER depuis Valence.
L’étape se fait en voiture, moto ou van. Le tracé GPX est téléchargeable sur l’application Grand Tour (iOS et Android), qui notifie les points d’intérêt en chemin.
Meilleure période : avril à juin et septembre à octobre, quand la lumière est longue et les sites respirent.
Pour découvrir Valence autrement, les Greeters – habitants bénévoles – proposent des balades gratuites à travers leurs coins préférés, sans itinéraire figé, au fil de la conversation (réservation sur le site de Valence Romans Tourisme). Entre les deux villes, le Parc de Lorient à Montéléger (espace naturel sensible, cinq installations artistiques en pleine nature) offre une halte silencieuse à un quart d’heure de Valence.



