Depuis quelques jours, les plateformes de prediction markets comme Kalshi ou Polymarket font de nouveau parler d’elles. En cause : un proche collaborateur de Donald Trump est soupçonné d’avoir utilisé des informations auxquelles il avait accès avant tout le monde pour parier sur le contenu des discours du président américain. Selon plusieurs médias américains, il aurait empoché plus de 100 000 dollars grâce à ces paris, avant d’être repéré par les systèmes de surveillance de Kalshi.
Au-delà du scandale, cette affaire met en lumière un phénomène encore méconnu en France : les marchés prédictifs, des plateformes où les internautes peuvent miser sur l’issue d’événements politiques, économiques ou sportifs… mais aussi sur des détails beaucoup plus insolites.
Alors, qu’est-ce que Kalshi ? À quoi sert Polymarket ? Pourquoi ces plateformes sont-elles autorisées aux États-Unis mais interdites en France ? Décryptage.
Kalshi et Polymarket : des plateformes de prédiction avant d’être des sites de paris
À première vue, Kalshi ou Polymarket ressemblent à des sites de paris en ligne. Pourtant, leurs créateurs préfèrent parler de prediction markets, c’est-à-dire de marchés de prédiction.
Le principe est simple : plutôt que de miser sur un match de football ou une course hippique, les utilisateurs achètent des contrats portant sur un événement futur.
Quelques exemples :
- Donald Trump prononcera-t-il le mot « inflation » dans son prochain discours ?
- La Réserve fédérale américaine baissera-t-elle ses taux avant telle date ?
- Qui remportera la prochaine élection présidentielle ?
- Le prix du Bitcoin dépassera-t-il un certain seuil ?
- Une mission spatiale décollera-t-elle avant la fin du mois ?
Chaque contrat évolue en fonction de la probabilité estimée par les participants. Plus un événement paraît probable, plus le prix du contrat augmente.
En théorie, ces plateformes permettent d’obtenir une estimation collective de la probabilité qu’un événement se produise.
Quelle différence entre Kalshi et Polymarket ?
Les deux plateformes poursuivent le même objectif, mais leur fonctionnement diffère.
Kalshi est une entreprise américaine réglementée par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Elle fonctionne comme une véritable bourse d’événements et revendique un cadre légal relativement strict aux États-Unis.
Polymarket, de son côté, repose sur la blockchain et les cryptomonnaies. Les utilisateurs effectuent généralement leurs transactions via des stablecoins. La plateforme est particulièrement populaire auprès des passionnés de crypto-actifs et des amateurs de politique américaine.
Toutes deux proposent des marchés sur des sujets extrêmement variés :
- politique ;
- économie ;
- intelligence artificielle ;
- météo ;
- sport ;
- culture ;
- actualité internationale.
Certaines catégories peuvent paraître étonnantes. Il est par exemple possible de parier sur les mots qu’un président utilisera dans un discours, sur la couleur de sa cravate lors d’une allocution ou encore sur la date d’une annonce gouvernementale.
Pourquoi l’affaire Trump fait-elle autant parler ?
Le scandale actuel illustre parfaitement la principale faiblesse de ces plateformes : l’utilisation d’informations privilégiées.
Selon les autorités américaines, Gabriel Perez, opérateur du téléprompteur de Donald Trump, aurait utilisé son accès anticipé aux discours présidentiels pour miser sur les « mention markets » de Kalshi, des marchés où les internautes parient sur les mots qui seront prononcés pendant une intervention publique. Les gains dépasseraient les 100 000 dollars. Fait notable, c’est Kalshi elle-même qui a détecté des transactions suspectes avant de les signaler au régulateur américain.
Cette affaire relance un débat déjà ancien : jusqu’où peut-on considérer ces plateformes comme de simples outils de prévision, et à partir de quel moment deviennent-elles un terrain propice aux délits d’initiés ?
Pourquoi ces plateformes sont-elles autorisées aux États-Unis ?
Les États-Unis possèdent une approche assez différente de celle de l’Europe.
Pour certains économistes, les marchés prédictifs constituent un excellent outil de prévision. L’idée est que des milliers de participants, chacun apportant ses informations et ses convictions, permettent de produire une estimation souvent plus pertinente que certains sondages traditionnels.
C’est d’ailleurs pour cette raison que Kalshi propose également des marchés portant sur :
- l’inflation ;
- les taux d’intérêt ;
- les décisions de la Fed ;
- les données économiques américaines.
Pour certains investisseurs ou entreprises, ces marchés servent davantage à mesurer un risque qu’à simplement jouer de l’argent.
Pourquoi Kalshi et Polymarket sont-elles interdites en France ?
En France, la situation est beaucoup plus stricte.
Les jeux d’argent sont fortement encadrés et seuls certains opérateurs disposent d’une autorisation délivrée par l’Autorité nationale des jeux (ANJ).
Les plateformes comme Kalshi ou Polymarket ne disposent pas de cet agrément. Elles ne peuvent donc pas proposer légalement leurs services aux résidents français.
Par ailleurs, le droit français reste particulièrement prudent concernant les paris portant sur des événements politiques ou institutionnels. Miser sur une élection présidentielle ou sur le contenu d’un discours officiel soulève de nombreuses questions éthiques et juridiques.
Peut-on quand même accéder à Kalshi depuis la France ?
Sur Internet, certains internautes expliquent contourner ces restrictions grâce à un VPN.
Dans les faits, cela ne rend pas pour autant l’utilisation de ces plateformes conforme à la réglementation française. Selon les plateformes concernées, l’ouverture d’un compte peut également être bloquée en fonction du pays de résidence ou nécessiter des vérifications d’identité.
Autrement dit, l’utilisation d’un VPN ne garantit ni l’accès au service ni la possibilité d’y effectuer des transactions dans le respect des conditions d’utilisation.
Les prediction markets vont-ils se démocratiser ?
Depuis les élections américaines de 2024, les marchés prédictifs connaissent une croissance spectaculaire. De nombreux investisseurs y voient une nouvelle manière d’anticiper les grands événements mondiaux, tandis que certains chercheurs s’intéressent à leur capacité à agréger l’information disponible.
En parallèle, les autorités de régulation renforcent leur vigilance. L’affaire impliquant un collaborateur de Donald Trump rappelle que ces plateformes doivent composer avec les mêmes problématiques que les marchés financiers traditionnels : manipulation, délit d’initié et utilisation d’informations non publiques.
Une chose est sûre : Kalshi et Polymarket ne sont plus de simples curiosités réservées aux amateurs de cryptomonnaies ou de politique américaine. Elles incarnent une nouvelle façon de spéculer sur l’actualité… tout en soulevant des questions majeures sur la frontière entre prévision, investissement et jeu d’argent.
Sources
- ABC News – Enquête sur les paris de l’opérateur du téléprompteur de Donald Trump.
- CBS News – Kalshi détecte des transactions suspectes et alerte le régulateur américain.
- The Verge – Fonctionnement des « mention markets » et mesures prises par Kalshi.





