L'HOMME TENDANCE

L'homme Tendance: blog lifestyle pour hommes trendy, urbain, hypster, bobo,dandy gentlemen bikers

Polémique Mbappé et Ceuta : les joueurs de football ne sont pas des hommes-sandwichs

Mbappé t shirt ceuta

Depuis quelques heures, Kylian Mbappé se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une polémique qui dépasse largement le cadre du football. Cette fois, il ne s’agit ni de ses performances avec le Real Madrid, ni de l’équipe de France, mais d’un tee-shirt porté – ou plutôt partiellement porté – avant une rencontre de Liga face à Elche.

Le 15 septembre 2026, les joueurs d’Elche et du Real Madrid ont reçu un tee-shirt affichant le message « Todos somos caballas », que l’on pourrait traduire par « Nous sommes tous Ceutiens », en signe de solidarité avec la population de Ceuta.

La ville autonome espagnole, située sur la côte nord-africaine, traverse en effet une crise migratoire majeure après l’arrivée de plus de 70 000 personnes en provenance du Maroc les 30 et 31 juillet. Depuis, une très grande majorité a quitté le territoire, mais plusieurs milliers de personnes y demeurent dans des conditions particulièrement difficiles.

Avant le match, trois joueurs du Real Madrid ont attiré l’attention : Kylian Mbappé, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté. Contrairement à leurs coéquipiers, ils n’ont pas affiché normalement le tee-shirt et son message.

Et forcément, les images ont fait le tour des réseaux sociaux.

Mbappé soutient pourtant les habitants de Ceuta

Avant de tirer des conclusions à partir de quelques secondes d’images, il est intéressant d’écouter l’explication du principal intéressé.

Interrogé par le quotidien espagnol AS, Kylian Mbappé a expliqué qu’il était pleinement solidaire des habitants et des victimes de la situation à Ceuta. Mais il a également souhaité avoir une pensée pour les migrants ayant perdu la vie ou vivant eux-mêmes dans des conditions extrêmement difficiles.

Son idée peut finalement se résumer assez simplement : ne pas hiérarchiser les souffrances.

Et c’est précisément là que je trouve sa position intéressante.

Car Mbappé ne dit pas : « Je ne soutiens pas Ceuta. »

Il explique plutôt : je suis solidaire de Ceuta, mais je ne souhaite pas que mon image soit utilisée pour donner l’impression que ma solidarité s’arrête à une seule partie de cette crise.

La nuance est importante.

Un footballeur doit-il obligatoirement porter un message qu’il n’a pas choisi ?

Au-delà du cas Mbappé, cette polémique pose à mon sens une question beaucoup plus intéressante : jusqu’où peut-on demander à un sportif professionnel de devenir le porte-parole d’une cause qu’il n’a pas personnellement choisie ?

Les joueurs de football sont devenus de gigantesques supports de communication.

Ils portent les logos des équipementiers, des compagnies aériennes, des plateformes, des constructeurs automobiles, des marques de boissons ou encore de restauration.

Cela fait partie du football professionnel et de son économie.

Mais les clubs et les compétitions associent également régulièrement les joueurs à des campagnes de sensibilisation et à des causes sociétales ou humanitaires : lutte contre le racisme, campagnes de santé publique, soutien à différentes victimes, causes environnementales, hommages ou messages de solidarité.

La plupart de ces initiatives partent évidemment d’une bonne intention.

Mais bonne intention ne signifie pas adhésion automatique.

Un joueur peut parfaitement partager une cause tout en étant en désaccord avec la manière dont elle est présentée. Il peut également considérer qu’un message simplifie excessivement une situation complexe.

Et surtout, il peut souhaiter décider lui-même des causes auxquelles il associe publiquement son image.

Les joueurs ne sont pas des hommes-sandwichs

C’est probablement le point qui me gêne le plus dans cette polémique.

Parce qu’ils sont célèbres et extrêmement bien payés, nous avons parfois tendance à considérer que les joueurs professionnels doivent accepter tout ce qui accompagne leur statut.

Pourtant, un footballeur reste un individu.

Et Kylian Mbappé n’est pas simplement « le numéro 10 du Real Madrid » lorsqu’il porte un message devant des millions de téléspectateurs.

Il est Kylian Mbappé.

Son visage, son nom et ses actes sont observés dans le monde entier.

Lui faire porter un tee-shirt de solidarité revient donc, volontairement ou non, à associer personnellement Kylian Mbappé au message inscrit dessus.

Dès lors, pourquoi n’aurait-il pas le droit de décider s’il souhaite ou non l’endosser ?

On peut parfaitement trouver l’initiative en faveur de Ceuta légitime et généreuse tout en considérant que chaque joueur devrait conserver la possibilité d’y participer ou non.

Les deux idées ne sont pas incompatibles.

La situation de Ceuta est beaucoup plus complexe qu’un slogan sur un tee-shirt

Il faut également remettre cette polémique dans son contexte.

Ceuta traverse une situation extrêmement difficile. Une arrivée massive de migrants en provenance du Maroc a placé cette petite ville autonome espagnole sous une pression considérable.

Les habitants de Ceuta subissent les conséquences très concrètes de cette situation et méritent évidemment que leurs difficultés soient entendues.

Mais de l’autre côté se trouvent également des hommes et des femmes qui vivent des situations humaines parfois dramatiques.

C’est précisément ce que Mbappé a voulu rappeler dans son explication : exprimer sa solidarité envers les habitants de Ceuta sans oublier celle qu’il ressent envers les migrants confrontés à des conditions extrêmement difficiles ou envers ceux qui ont perdu la vie sur les routes migratoires.

On peut être d’accord ou non avec sa manière de l’exprimer.

Mais son raisonnement mérite au minimum d’être entendu avant de le condamner.

Refuser un message n’est pas nécessairement refuser une cause

C’est probablement la distinction essentielle dans cette affaire.

Ne pas porter un tee-shirt n’équivaut pas nécessairement à rejeter les personnes auxquelles ce tee-shirt apporte son soutien.

Mbappé affirme justement sa solidarité envers Ceuta.

Son désaccord semble davantage porter sur le fait de devoir endosser un message décidé par d’autres et sur la manière dont celui-ci pouvait être interprété.

C’est d’ailleurs un débat qui dépasse largement le football.

Lorsqu’une entreprise, une institution ou une organisation demande à ses représentants d’afficher publiquement un message lié à une question politique, sociale ou humanitaire, où s’arrête la communication collective et où commence la liberté individuelle ?

La question mérite d’être posée.

Pourquoi demande-t-on autant aux footballeurs ?

Il existe également une contradiction assez étonnante autour des sportifs de très haut niveau.

Lorsqu’un joueur prend position sur un sujet de société, certains lui reprochent immédiatement de « faire de la politique » et lui demandent de se concentrer sur le football.

Mais lorsqu’il refuse de participer à une opération comportant une dimension politique ou sociétale, on peut tout aussi rapidement lui reprocher son silence ou son manque de solidarité.

Difficile, dans ces conditions, de trouver la bonne attitude.

Personnellement, je préfère qu’un joueur exprime une conviction sincère plutôt que de le voir afficher mécaniquement un message auquel il n’a jamais réellement réfléchi.

La solidarité possède davantage de valeur lorsqu’elle est choisie que lorsqu’elle devient obligatoire.

Mbappé a aussi le droit d’être libre

Je ne suis pas toujours d’accord avec Kylian Mbappé.

On peut critiquer certaines de ses déclarations, certains de ses choix ou certaines de ses attitudes. C’est le lot de toutes les personnalités publiques de cette importance.

Mais sur cette affaire précise, je trouve sa position défendable.

Pas parce qu’il faudrait être « pour Mbappé » ou « contre Ceuta ». Présenter les choses ainsi reviendrait justement à caricaturer complètement le débat.

Je trouve simplement sain qu’une personnalité publique conserve la maîtrise des messages auxquels elle associe son image.

Mbappé a expliqué être solidaire des habitants de Ceuta. Il a également expliqué vouloir penser aux migrants et ne pas établir de hiérarchie entre différentes souffrances.

Libre à chacun ensuite de partager ou non son raisonnement.

Mais dans un monde où chaque image devient immédiatement un symbole et chaque geste une déclaration, laisser aux individus le droit de choisir ce qu’ils souhaitent publiquement défendre me paraît essentiel.

Un joueur de football peut être un ambassadeur, une icône ou un formidable porte-voix. Il ne devrait pas pour autant devenir un panneau publicitaire idéologique que l’on habille selon le message du jour.

Et finalement, cette polémique aura peut-être eu un mérite : rappeler que derrière les maillots, les contrats et les millions d’abonnés sur les réseaux sociaux, il y a encore des individus qui peuvent souhaiter penser, parler et agir en leur propre nom.